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Année jubilaire de la Miséricorde

Des textes

 

Une réflexion sur la miséricorde
Journée Mondiale du Migrant et
du Réfugié
 
Homélie de Mgr Bouilleret
Entrée dans l'Année Jubilaire
8 déc 2015

 
   

 

Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié 2016
17 janvier 2016

Fiche n° 2 du dossier préparé par la Pastorale des Migrants

Une réflexion sur la miséricorde

“Saisis de compassion”, changeons nos cœurs et nos regards … pour vaincre la peur de la rencontre des migrants et des réfugiés

 

Miséricorde et compassion : des mots “démodés”

Partageant une même étymologie, les mots de “miséricorde” et de “compassion” évoquent une réalité apparemment très éloignée de notre vécu quotidien, bien souvent marqué par une recherche de soi égoïste et le désir d'une réussite personnelle, par la compétition ou encore le cynisme.

Le mot “miséricorde” vient du latin misereor signifiant littéralement “Je suis sensible à la vie de l'autre” et cor-cordis qui signifie que “cette proximité vient du cœur, du plus profond de nous-mêmes”.

Le mot “compassion” quant à lui vient du latin cum signifiant “avec” et passio signifiant “douleur, souffrance” ; il signifie ainsi “partager la souffrance de l'autre” et, plus largement, “partager ses passions, ses sentiments”.

La miséricorde et la compassion révèlent le vrai visage du Dieu de Jésus Christ qui nous accueille malgré nos limitations et nos misères ou plutôt à cause d'elles, et nous aide à réduire la distance qui nous sépare de Lui, le véritable sens de notre vie.

Si la miséricorde n'est rien d'autre que le cri de Dieu contre toute indifférence et tout refus de l'autre, elle est aussi étroitement liée à la communion et au partage, car elle est la capacité, à la manière de Dieu, d'entrer en relations et de nouer des relations avec les autres.

Le miséricordieux, celui qui est “saisi de compassion”, est celui qui prend à cœur les souffrances d'autrui. Ce cœur ouvert et sensible rappelle de près ce que le monde hébreu considère comme miséricorde avec le terme rahamim, lequel indique les entrailles maternelles accueillant la vie naissante.

Ces entrailles maternelles rappellent cet espace intérieur que chacun de nous réserve à la vie de l'autre. Il s'agit d'un espace de communion profonde, de “sentir avec l'autre”, de souffrir et de se réjouir avec lui.

 

Faire expérience de miséricorde dans la rencontre de migrants et réfugiés

 

Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ;
il le vit et fut saisi de compassion.
Il s'approcha, et pansa ses blessures […] et il prit soin de lui

(Lc 10,33-34)

Habituellement, nous pensons aux migrants et aux réfugiés comme à des personnes qui font appel à notre générosité, sollicitant notre aide et notre soutien matériel ; et cela n'est pas faux.

Les débats se polarisent alors autour de l'opportunité “d'accueillir la misère” et se résument à l'interrogation suivante : avons-nous les moyens “d'accueillir chez nous toute la misère du monde ?” En réalité, ceci est une fausse interrogation – jamais “toute la misère du monde” n'est venue chez nous et jamais, vraisemblablement, cela ne se produira ! – qui ne fait que trahir notre manque d'implication auprès des migrants, et par là même, notre manque de miséricorde et de compassion envers cette population qui, pour des raisons diverses, a été obligée de quitter sa terre natale pour chercher ailleurs des conditions de vie plus dignes.

Dans le cadre de la Journée mondiale, et en relisant la parabole du Samaritain, nous pouvons faire une autre expérience de la rencontre avec l'étranger. Ce Samaritain, lui-même étranger, nous révèle en effet que toute personne est plus grande que les représentations et les images que nous nous faisons d'elle.

En l'occurrence, ce Samaritain-étranger ne demande pas notre aumône, mais il nous offre toute la force de son cœur, de sa compassion, de sa proximité. C'est l'expérience que peuvent faire ceux et celles qui, de nos jours, ne ferment pas les portes aux étrangers, mais en les accueillant, découvrent la beauté d'une rencontre porteuse de riches échanges de vie.

Ce Samaritain, présence de Dieu qui voit l'homme agressé sur la route, ne s'arrête pas à analyser la situation, à identifier les coupables, à juger et à condamner …

Il est “saisi de compassion” : il est bouleversé jusque dans ses tripes (les “entrailles” en grec), il sent frémir son “ventre maternel” (comme l'indique le mot hébreu), à la manière de Dieu, le Père miséricordieux annoncé par Jésus Christ.

L'attitude de ce Samaritain, de cet étranger, est l'attitude de Dieu le Père, aux “entrailles maternelles” capables de faire œuvre de tendresse et d'amour en même temps que de protection et de défense lorsque son enfant est agressé, frappé et blessé par les bandits d'hier et d'aujourd'hui.

 

La communauté des chrétiens continue l'œuvre de miséricorde du Christ

Le pape Benoît XVI, dans son encyclique Dieu est Amour, écrivait : « La nature profonde de l'Église s'exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu (kerygma-martyria), célébration des sacrements (leitourgia), service de la charité (diakonia). Ce sont trois tâches qui ne peuvent être séparées l'une de l'autre ». Et il précisait encore : « Le service de la charité est une dimension constitutive de la mission de l'Église et il constitue une expression de son essence même, à laquelle elle ne peut renoncer ; tous les fidèles ont le droit et le devoir de s'engager pour vivre du commandement nouveau que le Christ nous a laissé ».

Dans ce cadre, une parole de Jésus a, depuis toujours, bouleversé le cœur des chrétiens : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25,35-36).

Une parole qui a constamment été pour l'Église la source de son engagement sans réserve auprès de tous les êtres humains et notamment des plus faibles.

Par ailleurs, l'attitude accueillante et miséricordieuse du chrétien envers celui qui est sans défense, son action amicale et généreuse envers celui qui est dans le besoin, n'est pas le fruit d'un moralisme, mais trouve son sens et son fondement dans le fait que l'on doit à l'autre le même accueil qu'au Christ, lequel s'est lui-même identifié avec le pauvre et l'étranger. Dans le texte du jugement dernier (Mt 25,35-40) l'évangéliste utilise pour exprimer le fait d'“accueillir” le verbe synegagein, lequel implique une hospitalité accueillante, faite de rencontre, d'échange, de partage, d'inclusion, de reconnaissance de la dignité humaine de l'autre.
Voici les nouveaux mots pour définir aujourd'hui la miséricorde et la compassion.

La rencontre “pleine de miséricorde” de l'autre n'est pas alors une question de bonnes œuvres chrétiennes destinée à s'assurer la protection divine, mais bien la possibilité de rencontrer Dieu, c'est-à-dire de vivre une relation avec le Christ présent dans l'étranger, en nous tournant, à notre tour, vers notre prochain, comme le souligne la parabole du Samaritain (Lc 10,36). La compassion/miséricorde chrétienne dépasse les frontières de la loi et des nations et s'ouvre à la cohabitation (dans le sens du “vivre ensemble”) fraternelle et universelle, parce qu'elle est le fruit de l'amour de Dieu envers l'homme, amour qui se réalise dans l'humanité accueillie par le Christ (Jean 1,12). Dans cette perspective, il n'y a pas contradiction entre écoute et service, entre contemplation et action, entre amour pour Dieu et amour pour le prochain, entre foi et vie, entre préoccupation pastorale et action en faveur des réfugiés.

Dans cette optique, la rencontre miséricordieuse des migrants et des réfugiés, dans la diversité même de ses formes (urgence, sensibilisation, engagement dans le débat législatif, communion), devient pour le chrétien un véritable test de sa solidarité et de sa capacité à reconnaître dans l'autre la présence de l'amour miséricordieux de Dieu.

Homélie de Mgr Jean-Luc Bouilleret :
Fête de l'Immaculée Conception - Jubilé de la miséricorde - Dimanche 13 décembre 2015 à la cathédrale de Besançon

Frères et sœurs, chers amis, qui donc est Dieu ? Qui donc est ce Dieu en qui nous croyons et qui donne sens à nos vies ?  Notre Dieu est Dieu des miséricordes. Il porte une attention paternelle à toutes les blessures,  vulnérabilités, faiblesses, fragilités et péchés de l'homme. Il est ce Dieu qui tend la main pour relever l'homme. Il est ce Dieu qui plonge ses yeux dans celui de tout homme et toute femme qui regarde Dieu face à face. Il est ce Dieu dont la parole est un baume de paix dans le cœur de l'homme happé par la violence qui le déshumanise. Il est ce Dieu qui ouvre la porte à tous les exclus de nos sociétés. Notre Dieu est un Dieu des miséricordes.

En ouvrant la porte sainte à la Basilique Saint Pierre de Rome, le Pape François invite chacun d'entre nous à vivre une année de miséricorde. Que nous puissions chasser les images d'un Dieu qui serait un juge ! Que nous puissions faire œuvre de miséricorde avec nous-mêmes ! Que nous puissions  partager entre nous la miséricorde ! Que notre Eglise soit un visage de miséricorde pour tous les hommes et femmes de bonne volonté.

Tout au long de la révélation de sa proximité avec les hommes, le Dieu de l'Alliance se dévoile comme le Dieu de la miséricorde. Déjà au temps de Moïse, Dieu se révèle dans le buisson ardent comme un Dieu  qui entend le cri de son peuple et voit sa misère. Dieu écoute et Dieu voit. Son cœur est avec les hommes. Son nom signifie : « Je suis avec vous et pour vous. » Dieu est sans cesse tourné vers l'homme. (cf. W. Kasper).

Dans la deuxième révélation faite à Moïse, Dieu dit : « Je fais grâce à qui je fais grâce et je fais miséricorde à qui je fais miséricorde ». La miséricorde est le signe de la souveraineté, liberté, indépendance et seigneurie de Dieu. Dieu est Dieu parce qu'Il est Dieu, et Dieu est miséricordieux parce qu'il est miséricorde. Enfin le livre de l'Exode nous révèle un Dieu dont le cœur est tendre : « Le Seigneur est un Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité. » (Exode 34,6).

Le prophète qui a exprimé le mieux un Dieu de miséricorde est le prophète Osée. Le peuple s'est prostitué et Dieu ne veut plus en entendre parler. Mais Dieu se laisse retourner à l'intérieur de lui-même : « Mon cœur se retourne contre moi. » Dieu se laisse transformer par sa propre miséricorde. La miséricorde l'emporte sur la justice.

Tout le nouveau testament est une hymne à la miséricorde de Dieu, le Fils bien-aimé. Comment ne pas penser à la parabole du Père miséricordieux qui attend son fils chaque matin ! Comment ne pas penser à la figure du samaritain qui s'arrête en chemin pour secourir le blessé de la route ! Comment ne pas penser à l'attitude de Jésus lorsqu'il relève la femme adultère et qu'il la remet à sa propre liberté !

C'est dans la lettre aux Éphésiens que Paul proclame : « Dieu est riche en miséricorde. » Tout est dit. Rien n'est à ajouter. 

Dieu miséricordieux est avec nous pour que nous soyons miséricordieux envers nous-mêmes. Combien de personnes ne sont pas en paix avec elle-mêmes ? Combien de personnes s'infligent des blessures psychiques ?  Combien de personnes ont perdu le goût de la vie ? Combien de personnes suppriment leurs vies parce qu'elles sont dans une impasse existentielle ? Que nous puissions exercer la miséricorde envers nous-mêmes.

N'oublions pas de faire miséricorde à ceux qui nous ont fait du mal, à ceux qui nous ont blessés, à ceux qui nous veulent du mal. Sans miséricorde réciproque, le vie est un enfer. Faire œuvre de miséricorde les uns vis à vis des autres n'est pas toujours facile mais c'est le seul chemin qui ouvre une vie paisible, une vie de réconciliation, une vie qui accepte la différence de l'autre, une vie qui ouvre les chemins d'un amour vrai, d'un amour transformé par la force de la miséricorde.

Frères et sœurs, prions pour notre Église. Qu'elle puisse présenter sans cesse un visage de miséricorde et qu'elle fasse elle-même miséricorde envers ceux et celles qui se sentent exclus, délaissés, abandonnés ! Que notre Église ne soit pas juge de la vie des autres mais soit une mère qui accueille tous ses enfants !

Dans l'annonce faite à Marie, voici que l'ange invite Marie à recevoir le Sauveur de l'humanité.  Jésus, Fils de Dieu, est le visage de la miséricorde du Père.

Confions à Marie, notre mère, l'Immaculée, cette année Jubilaire de la Miséricorde.

+ Jean-Luc BOUILLERET

Archevêque de Besançon

Sermon de Saint Bernard

Voici manifestées la bonté et l'humanité de Dieu notre Sauveur. Rendons grâce à Dieu qui fait ainsi abonder notre consolation dans cet état de pèlerins qui est le nôtre, dans cet exil, dans cette misère d'ici bas.

Avant que n'apparaisse son humanité, sa bonté aussi demeurait cachée. Certes, elle existait auparavant, car la miséricorde du Seigneur est de toujours. Mais comment aurait-on pu savoir qu'elle était si grande ? Elle faisait l'objet d'une promesse, non d'une expérience. Aussi beaucoup d'hommes n'y croyaient pas.

Sans doute, le Seigneur parlait, sous des formes fragmentaires et variées, par les prophètes. Moi, disait-il, je forme des pensées de paix, et non de malheur. Mais que pouvait bien répondre l'homme quand il éprouvait le malheur et ne connaissait pas la paix ? Jusqu'à quand allez-vous dire : Paix, paix, alors qu'il n'y a pas de paix ? C'est pourquoi les messagers de la paix pleuraient amèrement, disant : Seigneur, qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Mais maintenant, que les hommes croient à ce qu'ils voient, car les affirmations du Seigneur sont vraiment infaillibles. En effet, pour que même l'œil troublé ne demeure pas incapable de le voir, c'est dans le soleil qu'il a placé sa tente.

Voici que la paix n'est plus promise mais envoyée, non plus remise à plus tard mais donnée, non plus prophétisée mais proposée. C'est comme un couffin plein de miséricorde que Dieu le Père a envoyé sur la terre ; oui, dis-je, un couffin que la Passion devra déchirer pour laisser se répandre ce qu'il contient : notre paix ; un couffin, peut-être petit, mais rempli. Un petit enfant nous a été donné, mais en lui habite toute la plénitude des temps, est venue aussi la plénitude de la divinité. Elle est venue dans la chair, afin de se faire voir même de ceux qui sont charnels, et que son humanité ainsi manifestée permette de reconnaître sa bonté. En effet, dès que l'humanité de Dieu se fait connaître, sa bonté ne peut plus rester cachée …

Pourquoi déclare-t-il avec tant de soin sa miséricorde, au point de faire sienne notre misère elle-même ? Pourquoi est-il rempli d'une bonté telle que la parole de Dieu, pour nous, s'est faite herbe fanée ? Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que tu en fasses si grand cas ? Qu'est-il pour que ton cœur lui soit ouvert ? Voici où l'homme doit porter son attention pour découvrir quel souci Dieu prend de lui ; voici où l'homme doit apprendre quelle pensée et quel sentiment Dieu nourrit à son égard. N'interroge pas ce que tu souffres, toi, mais ce qu'il a souffert, lui. À ce qu'il est devenu pour toi, reconnais ta valeur à ses yeux, afin que sa bonté t'apparaisse à partir de son humanité.

En effet, l'abaissement qu'il accomplit dans son humanité a révélé la grandeur même de sa bonté, et plus il s'est rendu méprisable en ma faveur, plus il me devient cher.

Un texte de François de la Mothe-Fénelon

Qu'elle est grande la miséricorde du Seigneur ! C'est un asile certain pour tous ceux qui se tournent vers elle ! (Si 17, 29)
Que tardons-nous à nous jeter dans la profondeur de cet abîme ? Plus nous nous y perdrons avec une confiance pleine d'amour, plus nous serons en état de nous sauver. Son amour croissant chaque jour nous tiendra lieu de tout le reste ; il ne nous ôtera que ce qui nous rend malheureux, il ne nous fera mépriser que le monde que nous méprisons peut-être déjà ; il ne nous fera faire que la plupart des choses que nous faisons, mais que nous faisons mal, au lieu que nous les ferons bien en les rapportant à lui.

Pensez devant Dieu aux effets de cette miséricorde infinie. Que la reconnaissance du passé vous inspire de la confiance pour l'avenir : soyez persuadée, âme timide, qu'il vous a trop aimée pour ne pas vous aimer encore. Ne vous défiez pas de lui, mais seulement de vous-même. Souvenez-vous qu'il est comme, dit l'Apôtre, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. (2 Co 1,3)

Réflexions pour tous les jours du mois, 22ème jour

Du pape François

"La miséricorde de Dieu n'est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d'un père et d'une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d'eux-mêmes par leur fils. Il est juste de parler d'un amour « viscéral ». Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d'indulgence et de pardon."

"Je vous demande aujourd'hui de laisser le « fouet » accroché à la sacristie et d'être des pasteurs avec la tendresse de Dieu, également envers ceux qui vous créent le plus de problèmes. C'est une grâce divine. Nous ne croyons pas en un Dieu éthéré, nous croyons en un Dieu qui s'est fait chair, qui a un coeur, et ce coeur nous parle ainsi aujourd'hui : « Venez à moi. Si vous êtes las, opprimés, et je vous donnerai le repos. Mais traitez les plus petits avec tendresse, avec la même tendresse avec laquelle je les traite."

(Homélie, troisième Retraite mondiale des prêtres, basilique Saint-Jean-de Latran, vendredi 12 juin 2015)

 

 


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