Accueil
>> Événements >> Événements vécus en lien avec d'autres ... >> Diaconie : Servir la fraternité >>
Témoignages >> Marie Anne

 

 

Diaconie : Servir la fraternité

 

Témoignage de Marie Anne

À l'occasion du dimanche de la santé dont le thème est "Qui entendra leurs cris ?",
Marie Anne nous livre le témoignage de ce qu'elle vit à la maison d'arrêt où elle anime un atelier poterie.

Crier son angoisse, sa peur ou son besoin d'être aimé: ces cris ne sont pas toujours audibles. Et ils se manifestent parfois de drôles de manières.

Privé de liberté, privé de tendresse, privé de tout lien avec le monde ; c'est la situation de tout prisonnier. Il n'y a pas besoin d'avoir tué ou volé pour se trouver là.

Quand on est en prison, on est rejeté de tous. Pourtant en entrant dans l'établissement, on n'a pas laissé son cur et ses sentiments sur le seuil de la porte. Mais ici les cris sont sourds.

Alors à travers l'activité poterie, ce sont les mains qui parlent, ce sont elles qui crient la souffrance, l'amour ; elles sont l'expression de l'âme quand elles sculptent une boule de terre.

Quelques personnes détenues, régulièrement, viennent s'essayer au modelage, à la création de menus objets. Parfois, la terre est seulement pétrie, malaxée, tournée et retournée entre des mains nerveuses qui traduisent le stress et l'angoisse. D'autres fois, un objet commence à prendre forme, mais comme s'il ne correspondait pas exactement au projet, les mains perdent patience, perdent confiance, se découragent, détruisent et semblent dire : «  À quoi bon ? De toute façon je n'y arriverai jamais ! ».

Souvent, lâchant quelques mots à peine en élaborant une pièce qui lentement se révèle, les doigts s'appliquent, lissent et caressent la terre pour que tout soit parfait. Cette pièce, elle est destinée à une personne aimée, un enfant, une mère, une épouse qu'on ne voit plus mais qui occupe toute la place. Elle sera ensuite décorée de curs et de mots tendres.

Et puis il y a ces mains qui, fébrilement, s'emparent de la boule de terre, bien décidées à donner vie à ce qui est dans la tête. Et alors surgit quelque chose de beau, quelque chose de grand, quelque chose qui émerveille, qui redonne toute sa dignité à celui qui sculpte, le réconcilie avec la Terre, avec le monde.

Alors un grand sourire éclaire son visage et c'est toute l'équipe qui se réjouit.

En chaque personne il y a ce « possible ». Même lorsque tout va mal et qu'on est au plus profond de la misère, rejeté parmi les rejetés, il y a cette petite étincelle qui dit encore que rien n'est perdu : un espoir est permis. La vie peut renaître, l'homme est en devenir.

 

 


Accueil | Plan du site | Liens | Glossaire | Contacts