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Articles pour comprendre

 

¤ Un entretien de La croix
28 novembre 2014

Dom Jean-Pierre Longeat, bénédictin, et Sour Joëlle Ferry, xavière, respectivement président et vice-présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref)

« L'occasion de mettre en lumière
le tableau extraordinaire de la vie consacrée »

Recueilli par Nicolas Senèze

L'Année de la vie consacrée sera ouverte dimanche lors d'une messe présidée en la basilique Saint-Pierre de Rome par le cardinal Joao Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée. Jusqu'au 2 février 2016, cette année sera l'occasion de découvrir les multiples engagements des 800 000 personnes consacrées dans l'Église.

Pourquoi une année de la vie consacrée ?

Sour Joëlle Ferry : Il y a cinquante ans, le concile Vatican II a engagé une profonde rénovation de la vie religieuse. Depuis, toutes les congrégations ont accompli un travail sans précédent de ressourcement, de conversion et d'adaptation à l'Évangile et au monde actuel. Cette année est une occasion de relire ces années et de regarder vers quel avenir nous tourner.

Dom Jean-Pierre Longeat : Le pape nous invite ici à mettre en valeur notre charisme propre dans l'Église. Lorsqu'il a annoncé l'Année de la vie consacrée devant les supérieurs généraux, il a appelé les religieux à « réveiller le monde » . Cette année doit être l'occasion de dynamismes nouveaux et d'une actualisation de la vie consacrée dans la vie ordinaire de l'Église.

Que représente la vie consacrée aujourd'hui ?

J.-P. L. : C'est à la fois la vie monastique, la vie religieuse apostolique et missionnaire, mais aussi les instituts séculiers - des laïcs qui s'engagent à la suite du Christ dans une vie consacrée laïque -, les ermites, les vierges consacrées et, même si leur statut est un peu flottant, les veuves consacrées.

Leur point commun, c'est une volonté de suivre le Christ dans le célibat, c'est-à-dire dans une relation particulière avec celui pour lequel nous avons opté avec la totalité de notre être dans un engagement durable et définitif.

La vie religieuse connaît néanmoins une crise .

J. F. : C'est vrai que nous traversons des choses difficiles. Numériquement, la vie religieuse connaît un déclin, voire un effondrement dans certains pays. Mais cette année est une invitation à ne pas se laisser abattre par cela. « Réjouissez-vous », écrivait aux consacrés le cardinal Braz de Aviz, le 2 février. Notre réponse à l'appel du Christ est profondément une joie !

Cette Année de la vie consacrée va être l'occasion de montrer que la vie religieuse en France est toujours une réalité vivante, même si cela se fait autrement que dans le passé. Nous avons certainement moins d'écoles, d'hôpitaux ou d'universités, mais nous sommes adaptés à l'évolution de la société.

Les religieux sont-ils aujourd'hui plus présents à ces « périphéries » auxquelles le pape François appelle l'Église ?

J. F. : Nous avons toujours été aux côtés de ceux dont la société ne s'occupait pas. Hier, auprès des malades ou des petites filles qui ne recevaient pas d'éducation. Aujourd'hui, les périphéries ont changé et obligent la vie religieuse à être moins institutionnelle. Ainsi, on trouve des religieuses dans le monde du travail, avec un développement parallèle à celui de la place des femmes dans la vie professionnelle. Il y a des religieuses ingénieures, confrontées à des questions sur l'éthique financière. Des choses que l'on n'imaginait pas au moment du Concile.

J.-P. L. : On trouve aussi des religieux auprès des immigrés, des personnes en difficulté d'illettrisme - pour lesquelles les Frères des Écoles chrétiennes, par exemple, font un travail considérable - ou des prostituées. Tout cela est très méconnu et cette année peut être l'occasion de mettre en lumière le tableau extraordinaire de la vie consacrée.

La vie monastique a-t-elle aussi changé en cinquante ans ?

J.-P. L. : Il y a eu un gros travail sur la vie communautaire ainsi qu'un profond renouveau de la vie liturgique. L'accueil en hôtellerie - autrefois, c'était surtout les familles de moines - a beaucoup évolué vers un véritable accompagnement spirituel. Les liens avec les diocèses ont aussi été approfondis.

J. F.: La fragilité des monastères comme des congrégations, mais aussi des Églises diocésaines a poussé à une plus grande fraternité. Je suis frappée par le nombre de religieux et religieuses présents dans la pastorale diocésaine, comme dans l'accompagnement spirituel des personnes.

De nombreux laïcs sont aujourd'hui en lien avec une famille religieuse, est-ce une nouveauté qui bouscule la vie religieuse ?

J.-P. L. : Il y a eu de tout temps ce genre de relation, avec ce que l'on appelait les tiers ordres. Mais cela a pris une tournure très différente ces dernières années avec le développement de la théologie du laïcat, dans la foulée de Vatican II qui appelle chaque baptisé à la sainteté. Cet appel doit être nourri et le charisme religieux peut être une source.

J. F. : En fait, ce sont plutôt les laïcs qui nous ont appelés en nous disant : « Ce que vous vivez, cette source à laquelle vous puisez, nous aussi nous voulons en vivre. » Lors du rassemblement des familles spirituelles, en octobre 2013 à Lourdes, plusieurs évêques se sont rendu compte du nombre de laïcs de leur diocèse reliés à une famille spirituelle.

 

¤ Magnificat, Dimanche 30 novembre 2014
de Bénédicte Ducatel

Laïcs comment "participer" à cette année de la Vie Consacrée ?

 

Selon le désir du pape François, l'année 2015 sera dédiée à la Vie Consacrée. Elle s'ouvre officiellement en ce premier dimanche de l'Avent, et prendra fin le 2 février 2016 à l'occasion de la Journée mondiale de la Vie Consacrée.

Le pape a désiré attirer l'attention de toute l'Eglise sur cette réalité. Alors, que le monde connaît un profond bouleversement de société, il convient d'approfondir et de vérifier la pertinence des formes de la Vie Consacrée dans ce monde en mouvement et leur capacité à y tenir un rôle spécifique, mêlant écoute attentive et témoignage christique d'amour et de charité.

Vocation prophétique

Depuis l'origine de l'Église, la sequela Christi , la suite du Christ, s'est manifestée sous des formes variées et originales. De l'érémitisme à l'investissement dans l'annonce directe de l'Évangile en passant par le monachisme et le service du pauvre, la Vie Consacrée occupe une place importante dans la vie de l'Église et même une place prophétique. Elle est un rappel contant de l'exigence baptismale : suivre le Christ pour être dans le monde les témoins de sa miséricorde.

Des temps marqués

À l'instigation de la Congrégation pour les instituts de Vie Consacrée, l'année sera ponctuée par des rendez-vous marquants, tels qu'un symposium théologique, une session destinée aux formateurs de la Vie Consacrée, des rencontres ocuméniques avec des personnes consacrées d'autres Églises, etc. Outre ces temps de réflexion majeurs, il y aura également des manifestations locales portées par les différents instituts de Vie Consacrée.

Notre participation

Tout en cherchant à mieux connaître les diverses réalités de la Vie Consacrée, cette Année est une invitation à la prière. La vocation est toujours une initiative de Dieu à laquelle des hommes et des femmes répondent avec générosité, mais cette réponse demande de sortir de soi pour «centrer (son) existence sur le Christ et son Évangile, sur la volonté de Dieu, en se dépouillant des ses projets (1) ». Cela exige de la part des consacrés une réelle décision de se laisser rencontrer par le Christ en le cherchant chaque jour, et de notre part, une attention fraternelle qui les ramène au cour de leur vocation et une attention spirituelle qui invoque sur eux les dons de l'Esprit Saint.

Par ailleurs, cette Année nous donnera d'être attentifs à l'éveil des vocations autour de nous, par la parole et par la prière, mais aussi par notre témoignage de chrétiens joyeux de croire et vivant dans l'Évangile.

«Je voulais vous dire un mot, et ce mot, c'est la joie. Partout où il y a les consacrés, il y a de la joie, il a toujours de la joie ! C'est la joie de la fraîcheur, c'est la joie de suivre Jésus, la joie que nous donne l'Esprit Saint. Avancez, dans la joie, la cohérence, toujours avec le courage de dire la vérité, le courage de sortir de soi pour rencontrer Jésus dans la prière et sortir de soi pour rencontrer les autres et leur donner l'Évangile (2) ».

 

(1). Pape François, Discours aux supérieures générales, 8 mai 2013.
(2). Pape François, Discours aux séminaristes et aux novices, 6 juillet 2013..

 

 


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