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Des textes pour réfléchir, méditer

 

Dieu est amoureux !

Dieu est fou d'amour, Dieu est fou de l'homme, Dieu a l'homme dans la peau.

Il ne peut pas s'en passer, il ne fait qu'y penser. À coup sûr, il ne dort pas la nuit.

Dieu est là, comme un amoureux transi, celui qui guette une lettre, un mot, un signe de l'autre .

Il tressaille au moindre bruit de pas, je vous le dis : Dieu est amoureux.
Dieu s'est pris d'amour pour sa créature, c'est vrai puisqu'il le dit.

Et nous, qui imaginions « Dieu sait quoi », qu'il nous attend au tournant, qu'il calcule, suppute, pénalise .

Et voilà que Dieu envoie promener nos comptes.

Voilà qu'il renverse nos livres d'écritures, nos machines à calculer.

Il est là, comme un guetteur, comme à l'affût.

Je vous le dis : Dieu est amoureux, il nous fait des déclarations :
Qu'importe ce que tu es, qu'importe ce que tu as été.

Qu'importe tes infidélités d'hier, puisqu'aujourd'hui, tu es là.

Qu'importe même ce que tu penses de toi et surtout ce que tu crois que je pense de toi .

Puisque, dit Dieu : « Mon amour pour toi ne changera pas ».

Robert RIBER

Un texte du Père Gérard Berliet à méditer

"Marie, arche d'Alliance et reine de la relation"

Gérard BERLIET - Vie Chrétienne N° 419 - Écriture sainte

 

Si le terme de « Visitation » désigne communément l'épisode de Luc 1, 39-56, dans lequel on voit la vierge Marie rendre visite à sa cousine Élisabeth, juste après l'annonce qu'elle a reçue de l'ange Gabriel, il ne se trouve nulle part dans la Bible, si ce n'est dans le titre de cet épisode ajouté par les traducteurs modernes. Cela vaut pourtant la peine de méditer ce qu'est la visitation et de voir comment Saint Luc a voulu nous en faire le récit en référence permanente à l'arche d'alliance qui, dans l'Ancien Testament, était pour les Hébreux le lieu de la présence de Dieu au sein de son peuple. Pour être exact, Saint Luc présente l'épisode de la visitation en référence constante au chapitre six du deuxième livre de Samuel qui raconte la « translation » - le déménagement de l'arche d'alliance depuis la maison d'Abinadab à Baala, jusqu'à la cité de David, suggérant ainsi que la vocation et la mission de Marie sont à comprendre à travers le mystère de l'arche d'alliance.

Composant cet épisode de la Visitation, Saint Luc écrit aussi un récit plein de sensibilité spirituelle. Dans la rencontre d'Élisabeth, Marie, enceinte du Seigneur par le fait de l'Esprit Saint, vit avec sa vieille cousine une rencontre tout à fait étonnante où chacune des deux femmes comprend ce que l'autre vit dans son intimité et peut le lui exprimer. Dans le mystère de la Visitation, Marie est reine de la relation d'intimité.
Nous commencerons par lire Luc 1, 39-56 dans la lumière de l'Ancien Testament, pour comprendre ce que signifie le terme « arche d'alliance » appliqué à Marie, puis nous contemplerons les manières d'être de la Vierge et d'Élisabeth dans leur rencontre. Nous nous demanderons en quoi elles parlent de notre vie.

 

1. MARIE, ARCHE D'ALLIANCE


Il n'est guère possible d'isoler l'épisode de la Visitation de celui de l'Annonciation qui le précède immédiatement. Déjà là, Luc, en théologien plein de finesse, procède par allusion pour exprimer sa foi en Jésus Fils de Dieu. Les paroles qu'il met sur la bouche de l'ange Gabriel : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Luc 1, 29), « Sois sans crainte, Marie » (Luc 1, 30) sont une sorte de décalque de la prophétie de Sophonie (3, 14-17), adressée à la fille de Sion, personnification d'Israël :


Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Une clameur d'allégresse, Israël !
Réjouis-toi, triomphe de tout ton cour, fille de Jérusalem ! ...
Sois sans crainte Sion...
Yahvé est au milieu de toi,
(littéralement en ton sein) héros sauveur ! (So 3, 14-17)


Marie, pour Luc, est donc la nouvelle fille de Sion, et l'enfant attendu, le Fils du Très Haut (Luc 1, 32), celui qui vient résider en elle comme roi, comme sauveur. D'ailleurs il s'appelle Jésus, « Yahvé sauve » (Luc 1, 32).

Le lieu de la présence de Yahvé à Jérusalem, c'était le Temple bâti en plein cour de la ville (d'où l'expression de Sophonie : Yahvé est au milieu de toi) et, dans le Temple, plus particulièrement le Saint des Saints, c'est-à-dire la salle la plus reculée du sanctuaire. Dans le saint des Saints, se trouvait l'arche d'Alliance qui, jusqu'à ce qu'on la perde, au moment de la chute de Jérusalem, était considérée comme la présence de Dieu au milieu de son peuple. Marie est, dans l'économie nouvelle, dans la nouvelle Alliance, la nouvelle résidence de Yahvé. Sa vocation, jusqu'à l'heure de la nativité, c'est d'être la demeure de Dieu.

Gabriel adresse une autre parole à Marie :

« L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre, c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » (Luc 1, 35)

C'est à la fin du livre de l'Exode, au moment où Moïse a fini la construction du sanctuaire au désert et où la gloire de Dieu vient investir la demeure nouvellement édifiée, qu'on peut trouver un parallèle à ces propos du messager divin. Le récit de l'Exode raconte :

La nuée couvrit la Tente du rendez-vous et la gloire de Yahvé emplit la demeure (Exode 40, 35)

Le verbe employé ici, comme en Saint Luc, exprime la position de la nuée au-dessus de l'Arche ou de la puissance du Très Haut au-dessus de Marie. Les conséquences de la manifestation de la « présence » de Dieu désignée par le terme de « shekinah » par les juifs - sont identiques : d'un côté l'Arche est remplie de la gloire de Dieu, de l'autre Marie est remplie de la présence de cet enfant qui mérite le nom de « Saint » et de « Fils de Dieu ». Des deux côtés, la présence se manifeste « au-dessus », ce qui est un signe de la transcendance de Dieu. Des deux côtés elle a des effets au-dedans, signe de l'engagement de Dieu dans sa création, signe de son « immanence ». Luc ne peut mieux dire sa foi dans le mystère de l'incarnation qu'en utilisant ces matériaux anciens à travers lesquels Israël exprimait sa certitude de la proximité de Dieu. Pour lui, Jésus est Fils de Dieu au sens le plus absolu, il nous le dit sans équivoque en présentant Marie comme l'arche d'alliance.

Saint Luc, dans son récit de la Visitation, s'inspira d'un épisode relaté dans le deuxième livre de Samuel (2 S, 6) : lorsque David eut pris Jérusalem, l'ancienne Jébus, qu'il désirait pour capitale, il s'y construisit un palais puis s'inquiéta de faire venir l'arche d'alliance non loin de sa maison. Comme David avait fait amener l'arche de Baala - l'ancienne Qiryat Yearim située en Judée - à Jérusalem, Marie entreprend son voyage d'AinKarim, en Judée - selon la tradition - à la maison de Zacharie à Jérusalem.

Comme le peuple s'était réjoui en accompagnant l'arche à Jérusalem, Élisabeth et Jean-Baptiste exultent de joie en accueillant la Vierge.
Comme David dansant devant l'arche, Jean-Baptiste, reconnaissant le sauveur que porte Marie, tressaille dans le sein de sa mère.

D'un côté comme de l'autre, on pousse des acclamations : « David et toute la maison d'Israël faisaient monter l'arche de Yahvé en poussant des acclamations », Élisabeth poussa un grand cri et le vocabulaire employé signifie même une acclamation de type liturgique.

Dans les deux récits, l'arche ou la Vierge font une station de trois mois dans une maison : celle d'Obed Edom pour l'arche, celle de Zacharie pour Marie.

De part et d'autre enfin, David, Élisabeth s'étonnent de l'honneur qui leur est fait de pouvoir accueillir la présence même de Dieu chez eux :

« Comment se peut-il que l'arche du Seigneur vienne chez moi ? » (2 S 6, 9)

« Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » Luc 1, 43)

Luc ne pouvait mieux dire sa foi dans le mystère de l'incarnation. Relisant Sophonie, l'Exode, la translation de l'arche au deuxième livre de Samuel qui chantent la présence intime de Dieu au milieu de son peuple, il voit en toutes ces pages bibliques l'annonce de ce qui s'accomplit en Marie par la conception virginale du Messie. Mais il est possible de porter un autre regard sur l'épisode de la visitation et de contempler comment le Christ y fait de sa mère, la vierge Marie, la reine de toute relation d'intimité.

 

2. MARIE, REINE DE LA RELATION


La visitation est un mystère de communication réciproque, un partage d'intimité de très grande beauté. Qu'on regarde Élisabeth, qu'on regarde Marie, chacune porte un secret dans l'enfant attendu, un secret difficile à communiquer parce qu'il touche à leur fécondité - pour Marie à sa virginité - et à leur relation à Dieu. On ne peut guère imaginer plus intime. Or, ce qui se passe, c'est que chacune de ces deux femmes devient capable, dans la rencontre, de percevoir le secret de l'autre jusque dans ce qu'il signifie aux yeux de Dieu, et c'est de là que vient leur joie.

Regardons Élisabeth, Luc nous dit qu'elle était âgée, qu'elle n'était plus en mesure d'avoir d'enfant. Se voyant enceinte, elle se tint cachée, cinq mois durant (Luc 1, 23), dans l'impossibilité d'accueillir paisiblement et joyeusement ce don de Dieu. Qui donc pourrait comprendre ce qui se passait dans cette attente de Jean-Baptiste, hormis Zacharie qui en avait reçu la révélation ? Mais lui-même avait du mal à consentir au projet du Seigneur.

Marie, de son côté, vivait une situation dont il était difficile de parler. A qui aurait-elle pu dire le choix de Dieu sur elle, les paroles de l'ange, l'identité de l'enfant qu'elle portait et qui pour elle-même demeurait un mystère ? A qui aurait-elle pu dire l'assentiment confiant qu'elle avait donné à Dieu dans sa foi pure ? Solitude de Marie dans le temps qui suit l'Annonciation. Marie, plus qu'Élisabeth encore, a besoin de parler... mais avec qui le faire ? L'ange, discrètement, l'a orientée vers Élisabeth.

« Elle entre chez Zacharie et salua Élisabeth (Luc 1, 40). Et ce salut de Marie exprima si justement la reconnaissance de ce que vivait Elisabeth que celle-ci en fut profondément touchée. L'enfant tressaillit dans son sein. Par le regard que Marie porta sur elle, Élisabeth fut libérée de sa crainte. Elle put accepter librement, joyeusement ce fils de son grand âge comme un don de Dieu fait aux hommes. Éprouvant beaucoup de crainte, elle avait d'abord voulu le cacher. Et voilà que la compréhension de Marie la libère de toutes ses peurs. Eclatant en cri de joie, elle devine elle-même à son tour ce qui se passe en Marie : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni est le fruit de ton sein ». Le regard que Marie a porté sur Élisabeth l'ouvre elle-même au mystère qui s'accomplit en Marie: « Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » (Luc 1, 43). Sans que Marie ait donné un seul mot d'explication, Élisabeth a tout compris. Ce qui se passe là est une communion réciproque d'intimité à intimité, la reconnaissance réciproque de l'ouvre de Dieu par chacune de ces deux femmes dans l'autre. Cette ouvre de Dieu, Elisabeth ne la reconnaît pas seulement dans l'initiative de Dieu ou dans son effet - l'incarnation du sauveur - mais aussi dans la participation de Marie qui l'a permise : sa foi, son assentiment confiant, son abandon absolu à la parole du Seigneur, impossible à expliquer: « Bienheureuse celle qui a cru à l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ». On voit bien ce qui fait la joie de la rencontre pour ces deux femmes. C'est l'identification, par chacune d'elles, du mystère d'intimité que l'autre porte et qui touche à l'ouvre de Dieu. C'est aussi le fait, pour chacune d'elles d'être reconnue, comprise par l'autre là où elles se sont le plus engagées dans la confiance et l'amour, en réponse à Dieu.

3. ET NOUS ?


Comment nous appliquer cette histoire si belle, mais pas trop belle, puisque la règle de toute page d'Évangile, c'est qu'elle parle de nous. Sans doute suffit-il de regarder notre vie et de chercher ces rencontres de groupe, d'amitié ou d'accompagnement personnel, où nous avons pu parler de nous, de nos désirs, de notre quête du sens de la vie, de notre recherche de Dieu. Il arrive que nous ayons la certitude d'être compris, accueillis, aimés, par celui ou ceux qui nous ont écoutés. Compris dans nos intuitions, compris dans notre manière de donner sens à notre vie, compris dans la vocation personnelle que Dieu nous donne et dans notre manière de lui répondre. Ce type d'expérience est source de très grande joie.

D'autres fois nous avons su écouter dans le respect, la chasteté, la contemplation, des confidences qui ont pu nous être faites et dans lesquelles quelqu'un s'ouvrait à nous de sa manière de donner sens à sa vie, nous avons pu la devancer même, dans la compréhension de ce qu'il vivait et l'aider à l'identifier, à le nommer. Cela aussi est source de très grande joie.

Notre intimité, sour de notre identité a toujours à voir avec le mystère de l'arche d'alliance. Par notre vie toute humaine, toute banale, à travers ce que nous sommes, Dieu donne à d'autres Jésus-Christ qu'il nous fait porter. Les uns pour les autres, nous sommes porteurs du Christ, les uns pour les autres, nous reconnaissons que Dieu fait advenir le Christ en nos frères, nos sours. C'est là notre joie.

La vie chrétienne, pour être Joyeuse, demande l'expression par nous et la reconnaissance contemplative par d'autres d'une part de notre intimité. De fait, lorsque par accident ou par choix nous vivons cela, nous goûtons la joie du Royaume. Comprendre un autre dans son identité vocationnelle, être compris dans notre identité vocationnelle, dans le mystère personnel que nous sommes devant Dieu, est source de joie évangélique. Puissions-nous apprendre à dire qui nous sommes, à écouter ce que les autres sont, à l'école de Marie et d'Élisabeth, dans un infini respect.

 


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